Pour échapper à l’ambiance cosmopolite des capitales, le slow tourisme invite à s’aventurer dans les terroirs d’un pays, loin de sa zone de confort. C’est une manière de s’imprégner de l’ambiance locale, de vivre au rythme des réalités du quotidien de la majorité des habitants, et de saisir les nuances des dialectes au détour d’une discussion.
Du nord au sud du fleuve Niger, de Kayes à Taoudénit… onze régions permettent de se baigner dans la diversité qui anime le Mali, entre climats, architectures, savoir-faire et liens culturels avec les pays frontaliers.
KAYES — Aux portes des frontières sud
Aux limites des frontières avec la Mauritanie, le Sénégal et la Guinée, Kayes laisse apparaître des traces d’époques superposées. Dans des grottes subsistent des inscriptions rupestres de temps anciens.
Plus loin, les vestiges des infrastructures liées à la période coloniale racontent un autre chapitre, plus récent. On compte notamment le fort de Médine, point d’appui stratégique lors de la pénétration militaire française, et l’ancienne ligne de chemin de fer Kayes–Bamako, conçue pour accélérer les routes commerciales du littoral Sénégalais vers l’intérieur de la région.

SIKASSO — Vue sur le Mamelon, vestige des fortifications d’un royaume qui refusait de se laisser effacer

Toujours à la frontière sud (Guinée, Côte d’Ivoire, Burkina Faso), ici résonne le souvenir d’une résistance. On grimpe en haut du Mamelon, et le panorama de la ville se dévoile. On imagine alors ce que ces fortifications représentaient. Au-delà de la protection du palais, elles servaient à défendre un symbole politique local, un repère social, une culture.
Les récits de Sikasso à la fin du XIXᵉ siècle évoquent les conflits de pouvoir internes, avec l’irruption du guerrier Samory Touré, venu du Wassoulou pour renverser le régime du roi de la province, Tiéba Traoré.
Ils se prolongent dans les choix stratégiques qu’a dû opérer ce dernier face à l’expansion coloniale française, dans ce front de résistance régionale.
KOULIKORO — Siby, la marche vers l’eau fraîche
À proximité de Bamako, les collines verdoyantes de Siby sont un terrain parfait pour les amateurs de randonnées. L’eau des cascades de Djendjeni offre une pause fraîche. Sur le chemin, on peut se ravitailler en beurre de karité directement préparé par les habitantes des environs.
Et durant la marche, l’arche de Kamadjan (Camara) nous replonge dans les récits du Mandé.
Ceux des débuts de l’Empire du Mali et du Mansa Soundjata Keïta, qui mit fin, au XIIIᵉ siècle, aux errances politiques de la région, après la disparition de l’héritage unitaire de l’Empire soninké de Wagadou.

SÉGOU — Terre d’art

En février, le festival Ségou’Art fait vibrer la ville. Le reste de l’année, Ségou se vit au fil de l’eau. Le marché de poteries prend place le long du fleuve Niger. Dans les ateliers textiles comme le N’domo, la teinture naturelle prend forme sur les étoffes en coton, avec des contrastes de motifs au bogolan ou à l’indigo.
Et partout, l’esthétique des maisons en terre crue rappelle l’héritage du style architectural bambara dans la région, à l’exemple du vestibule du palais du roi Biton Coulibaly, fondateur du Royaume bambara de Ségou au XVIIIᵉ siècle.
MOPTI — Là où s’élève la signature majestueuse du style architectural soudano-sahélien
Dans ce carrefour commercial, qui abrita le berceau de l’ancien Empire Peul du Macina au XIXᵉ siècle, Djenné la Magnifique attire le regard. Sa grande mosquée en terre crue, bâtie pour la première fois en 1280, est devenue le symbole majeur du style architectural soudano-sahélien des mosquées de la région.
Chaque année, la communauté de la ville se réunit avant la saison des pluies pour un crépissage collectif, en avril. C’est un événement symbolique de préservation de ce patrimoine, mais aussi un moment d’union.

BANDIAGARA — Falaises et villages façonnés par l’héritage culturel dogon

Les falaises de Bandiagara offrent le paysage saisissant de villages construits dans la roche, avec des concessions adossées aux parois, en harmonie avec la nature.
Imprégnée par la culture dogon et la spiritualité qui l’entoure, cette région est un refuge qui a permis de préserver l’expertise d’un savoir-faire traditionnel authentique, des siècles durant. Elle fait vivre l’imaginaire des non-initiés lors d’événements dansés, où des masques habillés de cauris et de raphia prennent vie, grâce à une richesse patrimoniale puisée dans la cosmogonie dogon.
Ce courant de pensée philosophique nourrit également la créativité des artisans locaux, qui déploient ses symboles en images sur des portes à reliefs en bois finement sculptées, œuvres de collection prisées pour leur esthétique.
TOMBOUCTOU — La gardienne des manuscrits scientifiques
Tombouctou, “la ville aux 333 saints”, rappelle l’âge d’or intellectuel de la région. Grâce à la conservation de centaines de milliers de manuscrits anciens, le centre universitaire de la mosquée Sankoré raconte son héritage savant. Entre sciences, droit, poésie et correspondances, ces manuscrits forment la mémoire écrite de l’héritage d’ouverture économique et scientifique laissé par Mansa Moussa à la région.
C’est au retour de son célèbre pèlerinage à La Mecque, marqué par ses fastes et d’importantes dépenses en or qui attirèrent l’attention au XIVᵉ siècle, que ce dernier fit venir avec lui des architectes rencontrés en chemin.

L’association de leur savoir-faire venu d’ailleurs aux codes culturels locaux a contribué à la singularité de l’esthétique coquette qui caractérise la ville. Elle s’exprime notamment sur les portes et fenêtres d’habitations de notables, véritables chefs-d’œuvre chargés de symboles.
GAO — Au cœur de l’ancien Empire songhaï

Centre de l’ancien Empire songhaï, qui, à son apogée au XVIᵉ siècle, s’étendait des rives du Sénégal actuel à la boucle du Niger, Gao abrite le Tombeau des Askia.
Au-delà de ce monument, la richesse de l’héritage culturel songhaï transparaît dans l’art de vivre de cette région. On retrouve ses spécificités dans la cuisine, les styles vestimentaires, les broderies, les maquillages, les coiffures et bijoux des femmes, les coiffes des hommes, les musiques, les danses, ou encore les festivités.
MÉNAKA, KIDAL ET TAOUDÉNIT — Un rythme de vie au jour le jour
Ces trois régions forment l’immense barrière nord du pays, aux frontières du Niger, de l’Algérie et de la Mauritanie.
Les itinéraires s’y choisissent avec prudence, en tenant compte des réalités sécuritaires contemporaines. Et dans ces territoires, l’héritage tamasheq s’illustre dans l’art de se déplacer avec sobriété, dans le sens du temps long avec résilience, mais aussi dans l’élégance du quotidien, entre Sahara et Sahel.

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